Quelle illusion sur vous-même avez-vous mis le plus de temps à abandonner ?
L'idée que j'allais découvrir des truc de dingue (quand j'ai commencé mes étude). Parce que je pense que j'avais une vision assez naïve de comment fonctionne la connaissance, sur fond de "Euréka j'ai trouvé !"
J'ai mis une dizaine d'années à comprendre que c'est pas comme ça que ça marche, et que ce serait même pas souhaitable que ça marche comme ça.
Qu’est-ce qui pourrait vous faire changer d’avis demain ?
Ce qui pourrait me faire changer d'avis ? Je pense que je change d'avis assez facilement en fait… J'ai pas besoin de preuves de dingue. Après, tout dépend du sujet. Y a des choses où je changerai pas d'avis aussi. Mais en général, c'est soit apprendre quelque chose de nouveau, soit même parfois juste, empiriquement, montrer que un truc est mieux comme ça.
Même si le côté un peu empirique, genre par l'expérience, c'est souvent pas présenté comme quelque chose de très robuste.
Je pense qu'il faut séparer, l'adoption dans la vie personnelle des modèles de science. Je pense qu'on a tous des petites croyances qui fonctionnent pour nous et c'est très bien. Mais y a un, un fossé énorme entre les trucs pour moi et ce que je recommanderais aux autres.
Qu’est-ce qui vous inquiète le plus dans notre rapport actuel à l’information ?
Ce qui m'inquiète le plus dans notre rapport actuel à l'information, c'est la confiance. Je pense que c'est une hérésie de vouloir faire en sorte que chacun puisse lui-même, par la puissance de son intellect, avoir de bonnes informations.
Et que c'est une question de... à qui on délègue. Et je pense que les canaux à qui on déléguait classiquement ont mal géré la confiance qu'on leur accordait.
Cette dégradation de la confiance m'inquiète énormément. Couplé à la confiance énorme qu'on attribue souvent aux IA, ça devient une sorte de cocktail qui m'inquiète pas mal.
Qu’est-ce qui, dans votre domaine, trompe le plus facilement l’intelligence humaine ?
Dans mon domaine, ce qui trompe le plus facilement l'intelligence humaine, c'est la complexité du sujet d'étude du cerveau. C'est très facile de se raconter des histoires et que ça ait l'air de fonctionner, parce que on n'a pas attendu la psycho ou les neurosciences pour s'intéresser à notre fonctionnement. Et donc, on a déjà des millénaires d'hypothèses, de théories, de personnes très intelligentes qui ont l'air d'être très intuitives. Et il y a plein de concepts qui, peut-être, ne font plus sens et qu'on aura beaucoup de mal à abandonner. Il y a un article que j'aime beaucoup, qui dit que la notion même d'émotion, de cognition, s'active, se désactive. C'est des mots qui ne veulent pas dire grand-chose d'un point de vue ontologique. Et du coup, c'est très facile à tromper l'intelligence humaine quand elle s'étudie elle-même.
Quelle certitude largement partagée vous semble aujourd’hui la plus fragile ?
Je pense que la certitude largement partagée aujourd'hui qui est la plus fragile, c'est qu'on prend pour acquis nos modes de vie. Que ce soit les avancées de la médecine, les avancées démocratiques, le confort de vie, etc. Et je pense que c'est très fragile, que ce soit à l'aune des changement