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Interview de Yannis Vassiliadis
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ITW27 février 2026

Interview de Yannis Vassiliadis

Plus jeune intervenant du REC pendant plusieurs éditions, doctorant dans la vraie vie et médiateur scientifique débutant, Yannis Vassiliadis profite de ces quelques questions pour s'interroger sur ce qu'il pense et les paradoxes, nombreux, qui irriguent son cerveau au quotidien. Curieux par passion et par profession, issu de la « génération c’est pas sorcier », il profite des moments uniques comme les Rencontres de l’Esprit Critique pour épanouir sa curiosité et profiter d’un accès privilégié à de l’expertise de haut niveau et des vulgarisateurs et vulgarisatrices expérimentés.

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Doctorant en droit fiscal international dans la vraie vie véritable de l’IRL, il consacre son temps libre à des activités de vulgarisation diverses et variées allant de conférences mêlant droit, science et fun à des formations sur l'esprit critique. 
Il anime aussi la jeune chaîne « Paix, Amour et Droit Fiscal » sur YouTube et TikTok, où il parle d’actualité et de droit fiscal pour rendre accessibles des concepts flous et barbants de manière fun et claire (dans la mesure des stocks disponibles). 
Il est le co-fondateur de l’association de vulgarisation « Le Tiroir » qui œuvre aussi sur Internet et au quotidien pour faire de l’éducation populaire via des contenus de vulgarisation, des conférences et ateliers sur de multiples sujets.

Quelle idée que vous défendiez avec certitude… vous fait aujourd’hui un peu honte ?
L’amour ? Ok je déconne. Mais je peux être prétentieux ? Oui ? YEAHHH. Je dirais donc : globalement, aucune. Bien qu’étant assez influençable de nature j’ai du mal à croire profondément à quelque chose si je n’ai pas tous les éléments et pris le temps de réfléchir sur le sujet. Finalement j’ai un niveau d’opinion superficiel, souvent très privé, pour la majorité des choses et l’avis tranché est réservé pour des situations où je peux me dire « ça ok, je maîtrise, je connais et j’accepte de m’exprimer sur le sujet ». Ce qui fait que globalement je parle beaucoup, mais pour dire très peu ce qui colle bien avec ma formation de juriste.
J’ai eu toutefois des croyances, notamment autour du nucléaire, qui n’étaient pas fondées, mais j’ai du mal à en avoir honte en tant que telles. J’ai plutôt honte de voir à quel point j’étais convaincu par si peu de choses ce qui a largement modifié, ex post, ma manière de faire et de penser. Aujourd’hui il en faut plus pour me convaincre et j’accepte infiniment plus facilement de m’être trompé.
Ainsi je n’ai pas tant honte d’avoir cru que le nucléaire était la pire des solutions sur Terre que de m’être laissé convaincre par des discours sans fondements, sans base tangible et teintés d’émotions pour persuader plutôt que de convaincre. Mais je remercie (« et je dis merci à la vie, je lui dis merci, je chante la vie, je danse la vie... je ne suis qu’amour ») mon adolescence de m’avoir fait passer par ces erreurs pour aujourd’hui en faire moins.

Quelle illusion sur vous-même avez-vous mis le plus de temps à abandonner ? 
J’ai LONGTEMPS naïvement pensé que pour aller plus vite dans une réflexion et « penser mieux » il suffisait de « penser plus fort », de mettre plus d’efforts. Mais c’est absurde et j’ai mis un moment à le comprendre (j’aurais dû penser plus fort pour aller plus vite). C’est le temps qui permet de prendre le recul nécessaire sur une information afin de la traiter de manière fiable, si tant est que ce soit possible, et pertinent.
J’ai mis des années à lutter contre cette illusion et c’est loin d’être fini. L’avantage c’est qu’on a toute une vie (ou 10 minutes en réfléchissant fort… et mince, je replonge) pour s’améliorer. 
Je peux en avoir une seconde ? Elle est un peu liée ? Oui ? SUPER ! Comme illusion assez persistante et qui n’est pas encore tout à fait partie même si elle se dissipe peu à peu : la possibilité de tout maîtriser, être l’individu à consulter tout le temps parce que peu importe le sujet, IL SAIT. C’est marrant parce que ça a un lien avec le mythe de l’individu providentiel que je démonte un peu plus bas et un psychanalyste trouverait certainement un truc à dire, à freudonner (pardon), mais ne sommes-nous pas qu’une somme de paradoxes ? 

Qu’est-ce qui pourrait vous faire changer d’avis demain ?
Tout dépend du sujet évidemment, mais je pense que comprendre davantage un sujet pourrait me faire changer d’avis. Comme dit précédemment j’ai tendance à ne pas me faire d’avis tranché trop vite et à maintenir un niveau superficiel d’opinion. Donc pour que ça passe les couches de la persuasion pour aller à un niveau élevé de conviction je pense qu’une discussion avec un(e) expert(e) pour mieux comprendre les enjeux d’une information supportée par un consensus assez clair pourrait aider.

Qu’est-ce qui vous inquiète le plus dans notre rapport actuel à l’information ?
La rapidité. C’est un cliché éculé, mais « tout va trop vite ma bonne dame, il n’y a plus de saison ! ». La multiplication des sources d’informations et les évolutions technologiques telles que la course à la notification sur smartphone font que si on veut suivre l’actualité au plus brûlant, pas toujours au plus vrai soit dit en passant, c’est un travail de chaque instant. 
Il n’y a plus réellement la possibilité d’avoir du recul vis-à-vis de l’information, de prendre le temps de la traiter sereinement pour en appréhender et en intimer l’intégralité des conséquences à différents niveaux. Et ça, c’est simplement en suivant la presse généraliste, c’est pire en suivant des presses spécialisées dans des domaines qui peuvent nous intéresser. Finalement c’est un paradoxe, on n’a plus le temps d’avoir une actualité dépassionnée puisqu’il FAUT réagir vite et se faire un avis et en même mouvement on n’a plus la possibilité de se passionner pour un domaine et en suivre les actualités sans prendre le risque de manquer quelque chose de « plus important ». 

Qu’est-ce qui, dans votre domaine, trompe le plus facilement l’intelligence humaine ?
L’apparence de simplicité et en même temps de technicité. C’est assez paradoxal, mais j’ai l’impression de voir deux comportements antinomiques dans le rapport que peut avoir le grand public vis-à-vis du droit et en particulier des matières réputées extrêmement techniques comme le droit fiscal. Non pas que les autres champs du droit ne soient pas techniques, mais il y a, à mon sens, une illusion de simplicité à leur égard qui est en total décalage avec la réalité. 
Parce qu’ils sont largement présents dans la vie de tous les jours et dans l’espace informationnel du grand public, certaines matières comme le droit pénal ou le droit civil se parent d’une simplicité illusoire qui peut conduire à des erreurs extrêmement dommageables.
À l’inverse, dans des matières réputées extrêmement techniques, on peut avoir tendance à tout complexifier involontairement parce que « ça ne peut pas être aussi simple » et pourtant parfois ça l’est. Attention, évidemment que des disciplines comme le droit fiscal sont complexes, mais elles n’ont, en cela, rien de vraiment différent vis-à-vis de celle précédemment abordée.
Je ne sais pas si ça porte un nom particulier, mais ce décalage entre les perceptions et les réalités est à mon sens ce qui trompe l’intelligence humaine dans mon domaine qu’est le droit. 

Quelle certitude largement partagée vous semble aujourd’hui la plus fragile ?
Celle qu’il existerait un individu providentiel. Au-delà de toute question religieuse inutile, j’ai l’impression que s’exprime, notamment en politique, une certaine idée selon laquelle une personne pourrait porter les espoirs, les rêves et l’aspiration de tout un peuple. Je me souviens d’un ancien ministre devenu président qui disait ne pas renier la dimension christique du chemin qu’il suit. On retrouve ça chez tous les leaders politiques, du plus en vue au plus inéligible, leurs militants les plus convaincus voient en eux LA solution parfaite, celle qui fera changer tout le pays et le monde entier. J’ai l’impression qu’on oublie un peu trop le memento mori (souviens-toi que tu es mortel) soufflé à l’oreille des généraux romains triomphants. 
Comme je le disais plus haut, j’ai paradoxalement encore l’idée qu’on peut s’approcher de cette situation tout en sachant que c’est absolument illusoire. 

Yannis
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